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Vous lisez "Ma diagonale des fous (1/2) ", un article publié le 01/11/2004 à 11:46 sur LSZ Blog

Lundi 1 Novembre 2004

Ma diagonale des fous (1/2) - LSZ

Ceci est le récit d'une course de montagne s'étant déroulée à La Réunion du 22 au 24 Octobre 2004

Vendredi 22 octobre 2004


Aprés une nuit trop courte, réveil à 00h30. Sitôt debout, je me force à avaler une grande assiette de pâtes (beurk, mais bon, il y a quand même 140 km).Ultimes préparatifs, ultime vérification du matériel: sifflet, frontale, couverture de survie, ..., OK, tout est là. Et voilà, c'est parti, direction le Baril pour un départ prévu à 04h00. Sur la route, on croise déjà de nombreux concurrents, aisément reconnaissables par leurs tee-shirts officiels jaunes citrons.

01h30, arrivée au Baril


Le départ n'a lieu que dans 02h30, mais déjà de nombreux concurrents sont sur places. Et moi qui pensait être trop en avance. Je me dirige vers le premier point de contrôle, pour une vérification du matériel et un premier pointage. Chouette, il y a déjà un point de restauration: café chaud et sandwich jambon beurre me font oublier l'infâme assiette de pâtes. Je retrouve Manu, Daniel et Greg: oulà, ils pétent la forme.
Au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'heure du départ, le stade s'emplit, et l'ambiance commence à devenir "électrique". Sagement, nous nous plaçons au plus prés de la ligne de départ. Les organisateurs et le maire de Saint Philippe adressent leurs derniers encouragement à tous ces fous, puis ensemble, nous comptons à haute voix sur un chronométre géant les dix derniéres secondes précédant le départ: 10, 9, 8, 7 , 6 ...

04h00, le départ


5, 4, 3 , 2, 1 C'est parti. Formidable, ça pousse fort derriére, ça pousse fort sur les côtés, tant et si bien que je suis soulevé de terre et effectue mes 15 premiers métres de course littéralement porté par la foule. Trés vite, la foule compacte des raideurs s'étire en un long ruban, sous les applaudissements des Saint-Philippois trés matinaux. Ca court déjà trés vite, ça double sur les trottoirs, et je dois me forcer pour résister à la tentation de suivre tous ces raideurs. En quelques minutes, je me fait doubler par plusieurs centaines de concurrents. C'est de la folie, ils savent qu'il reste encore 140 km ? On quitte la RN2 et on s'engage sur la route forestiére de Mare Longue. L'ambiance s'apaise au fur et à mesure que la pente s'incline légérement; déjà certains concurrents semblent payer un départ trop rapide. Je me retourne, stupeur, il n'y a presque plus personne derriére moi, je suis parti trop lentement, c'est pas bon, je vais bientôt me retrouver dans les inévitables bouchons du GR2 menant au volcan, et je risque alors de prendre vraiment trop de retard. Je décide de forcer un peu le train, et me voilà à mon tour en train de redoubler tranquillement plusieurs groupes de concurrents. Aprés une heure trente de marche, le jour se léve, je reconnais devant moi la silhouette de Manu: c'est cool, je me sentais pas trop de continuer à marcher seul. Greg et Daniel sont partis comme des fusées, on ne les reverra plus.

06h30, arrivée au kiosque des Camphriers


Plus de 2 heures pour faire les 16 premiers kilométres. Fini la belle route forestiére large et peu pentue. On mange, on boit, on refait le plein des camels bak, et on attaque la premiére difficulté du grand raid: 5 km d'un sentier étroit et sévérement pentu dont je n'ai pas gardé un trés bon souvenir lors de mes courses d'entrainement: je redoute un peu l'asphyxie dans les presque 2000 métres de dénivellé positif qui nous séparent de la route du volcan. Rapidement, je m'aperçois qu'il n'en sera rien: 2000 raideurs sur un sentier d'environ 1 métre de large, ça crée des bouchons. On n'avance que trés lentement à la queue leu leu, il est trés difficile et preque inutile d'essayer de doubler. On subit bon gré mal gré le rythme décidément trop lent et les nombreux arrêts. Manu se réjouit de la situation: "on va péter la forme dans la Plaine des sables".

09h30, arrivée à Foc Foc


Manu avait raison, on s'est bien économisé dans la montée sur Foc Foc, et on aborde la Plaine des sables dans d'excellentes conditions. J'ai bien envie de courir un peu, mais il reste encore pas mal de chemin à parcourir. Ca serait bête de se griller avant l'arrivée à Cilaos. Finalement, on décide de rester sur un rythme pépére.

11h40, arrivée sur la route du Volcan


On aura mis le temps, 7h40 pour faire les 30 premiers km. On arrive au premier gros point de ravitaillement. Coca, soupe aux vermicelles, jambon beurre, on refait le plein du camel bak et on repart sans trop tarder vu qu'on se sent vraiment bien. Au loin, on aperçoit un mince filet de coureur qui grimpent sur le point culminant du parcours, l'oratoire Sainte Thérése culminant à 2400 métres. L'ambiance est trés sympa, il y a énormément de monde qui s'est déplacé au volcan pour encourager les raideurs: "Vas-y Manu, Bravo, vas-y Lionel" s'exclament certains supporters. Ca fait chaud au coeur. La montée sur l'oratoire Sainte Thérése, puis la descente sur le piton Textor, puis le châlet des Pâtres ne sont qu'une formalité. Je me surprends de tant d'aisance. Au loin on apercoit la RN 3. Bonne surprise, les averses prévues par Météo France n'ont pas eu lieu.

15h30, arrivée sur la RN3


Eliane, Erwan et Baptiste sont comme prévu au rendez-vous. Je change de tee-shirt, de chaussettes, et un petit vent frais me convainc d'abandonner mon cuissard pour un collant. J'informe Eliane qu'on n'arrivera probablement pas avant dimanche matin. Dernier bisou et c'est reparti. Je commence à m'inquiéter de l'état de mes pieds: pas de grosse douleur mais la perception trés distincte d'au moins deux phlycténes sur chacun des talons me font craindre le pire pour les heures qui viennent.

15h51, arrivée à Mare à Boue


Les militaires des FAZSOI ont pris en charge le point de ravitaillement de Mare à Boue. De trés nombreux concurrents ont fait une halte: l'ambiance est chaleureuse, la soupe au vermicelle vraiment bienvenue, et l'odeur du poulet grillé irrésistible aprés 50 km de course. Aprés une halte d'environ 40 minutes, on se force un peu pour repartir. Manu me fait part de ses craintes: la montée sur le coteau Kerveguen en pleine nuit ne lui a pas laissé un excellent souvenir lors de ses marches d'entrainement. On verra bien, c'est reparti; l'organisation a prévu un contrôle des sacs pour s'assurer que chaque concurrent dispose bien de sa frontale, de piles de rechange, du sifflet, de la couverture de suvie: effectivement, l'avenir montrera que ce dernier accessoire peut être bien utile. Commence alors une montée sur le coteau maigre tandis que le soleil décline, que le froid se fait plus cuisant, et que les premiers symptômes se font sentir d'une diarrhée qui m'occupera bien dans les 48 prochaines heures. Aprés deux heures de marche (et deux arrêts dans les buissons), nous progressons lentement et n'avons toujours pas franchi le coteau maigre. Le brouillard, le froid , la nuit et le crachin entame le moral des concurrents qui forment spontanément des petits groupes fort sympathique ou chacun fait part de son empathie pour les plus affectés. On passe quelques échelles et enfin on arrive sur le coteau Kerveguen. J'ai enfilé tous les vêtements dont je dispose, ainsi qu'une paire de gants et malgré celà, j'ai froid. Il pleut, il fait nuit, le brouillard se fait plus dense. Pour la premiére fois de la course, j'envisage l'abandon. Mais pour l'instant , il n'y a pas le choix, il faut impérativement continuer et rejoindre Cilaos.

20h00, arrivée au point de ravitaillement de Kerveguen


Ca faisait bien 10 minutes qu'on entendait tous ronronnait le moteur du groupe electrogéne, et qu'on attendait impatiement d'arriver sur le point de ravitaillement. Enfin , le voilà qui apparait brutalement aprés un dernier talus. Nouveau pointage, et pour la premiére fois , l'expression du bénévole qui m'accueille d'un chaleureux "Bravo Lionel" me fait dire que je dois être physiquement bien marqué par la course. On m'invite à prendre un bol de soupe au vermicelle. J'en prends un deuxiéme, un troisiéme, ..., rien à faire, le froid m'envahit. Manu est lui ausi trés marqué. Une bénévole lui demande: "Vous n'avez pas de vêtements chauds ?", et Manu de répondre en claquant les dents: "si, si, dans mon sac d'assistance, ..., en bas, ..., à Cilaos !" On lui propose de se recouvrir d'un sac poubelle. Aprés une demi-seconde d'hésitation, un trou pour la tête, deux trous pour les bras, et le voilà revêtu d'une superbe combinaison high-tech: "merci, c'est ma taille !"
Je reconstitue mon stock de papier toilette. Le froid est insupportable, aprés un dernier bol de soupe, Manu et moi repartons sans délai, direction Cilaos. S'ensuit alors 1h30 d'une vertigineuse descente de prés de 1000 m sur la capitale des lentilles, que l'on distingue trés clairement à travers la brume. Aprés une succession d'échelles toutes plus "casse-gueule" les unes que les autres, nous arrivons sur Bras Sec et le ravitaillement de Mare à Joseph. Cilaos parait tout prés, mais petite surprise de l'Organisation, il reste encore 8 km et une centaine de métres de dénivellé positif (et autant en négatif) à franchir au niveau de la Ravine de Bras de Benjoin. Agréable surprise, je me suis refais une petite santé dans la descente de Kerveguen. Aprés une heure de marche, nous rejoignons enfin Cilaos sous les encouragements de supporters encore présents malgré l'heure tardive.

23h00, arrivée à Cilaos


Déjà 19 heures de course et 70 km, nous arrivons à mi-parcours, nous atteignons le principal point de ravitaillement du Grand Raid, la salle de sport du stade municipal de Cilaos. Il y a foule, tant au niveau des concurrents que des bénévoles. Je me dirige sans attendre vers le stand des podologues. Et c'est avec une certaine appréhension que j'ôte mes chaussures et mes chaussettes. Ouf, plus de peur que de mal: j'ai deux énormes ampoules sur les talons, une sur le petit orteil et quelques points d'échauffement, mais l'essentiel est là, j'ai réussi à préserver l'intégrité cutané de mes pieds. Le podologue s'applique à "vider" les ampoules de leur lymphe, puis d'y injecter de l'éosine; il recouvre le tout d'un pansement hydrocolloide, solidement maintenu par un strapping, et m'invite à faire refaire celà à Deux Bras.. L'avenir montrera que celà est diablement efficace. Je rejoins Manu, on se restaure, et on décide de repartir le samedi matin à 04h00. On zappe sur la douche (ça fait longtemps qu'il n'y a plus d'eau chaude, et il vaut mieux éviter de mettre en contact nos plaies avec le bouillon de culture que constitue le sol des douches aprés le passage de plusieurs centaines de concurrents). On se couche donc pas trés frais. Il y a tellement de monde que l'on se contentera d'un couchage sommaire à base de "nattes" en carton, jetées à même le sol, enveloppés dans nos couvertures de survie.
suite >>>


Temps de course et heure de passage aux différents points de contrôle
Grand Raid, edition 2004
Grand Raid 2004, derniére ligne droite
La météo pour le départ du Grand Raid
Grand Raid 2004: j'ai survécu
Ma diagonale des fous (2/2)
Le Grand Raid avec Clicanoo
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