Choix d'un répulsif dans la prévention d'une infection par le Chikungunya à La Réunion

Article rédigé et présenté le 28.03.2006 à la section locale de la Société de Pathologie Exotique
Les répulsifs également appelés répellents ou insectifuges ou "anti-moustiques" ne tuent pas les moustiques mais les éloignent. Les répulsifs provoquent chez l'insecte une altération de la conduite de repérage de l'hôte, le détournant de sa cible potentielle.
Leur utilisation a été fortement encouragée par les autorités française et réunionnaise lors de la flambée épidémique de chikungunya survenue à La Réunion au début de l'année 2006. De nombreux flacons de répulsifs ont été distribués gratuitement aux personnes agées, aux femmes enceintes et enfants.
Choix d'un répulsif
Aucun répulsifs n'est efficace à 100% . Une piqûre sur 5 se ferait à travers les vêtements. Ceux-ci peuvent être imprégnés par le répulsif ou par une permethrine de synthèse. Les répulsifs répondent à la législation des cosmétiques et aucun test d'efficacité ou d'innocuité chez l'homme n'est obligatoire. A la Réunion, entre les supermarchés, les stations services et les pharmacies, une quinzaine de marques coexistent et ont chacune 3 à 6 formulations différentes, soit plus de 80 produits commercialisés.
Les 4 principes actifs efficaces en milieu tropical et contre le moustique Aedes sont:
  1. D.E.E.T ou Diéthyltoluamide ( Insect Ecran® 50%, Mousticologne zone infestée® 20%, OFF®)…
  2. Citriodiol ou P-menthane diol (PMD) , essence de synthèse à l'odeur de d'Eucalyptus citronné (Mosiguard®)
  3. IR3535 ou Aminopropionate ( Cinq sur Cinq 20%®,Moustifluid®, Hansaplast®…). Ce serait le produit le plus utlisé à la Réunion actuellement.
  4. KBR 3023 ou Picardine ou Bayrepel® ( Insect Ecran spécial tropic®, Autan®)
L'efficacité et la durée d'action sont très variables en fonction de la concentration du produit. La galénique interviendrait peu dans l'efficacité mais les crèmes seraient à préférer. Il n'a pas été constaté de "résistances" du moustique » ou de diminution de l'efficacité des répulsifs avec le temps.
L'efficacité par ordre décroissant serait:
DEET 25% > KBR 25% >Citriodiol 26% >KBR 10% = DEET 15%= IR3535 25%. Excepté l'huile de soya et le géraniol non commercialisés à La Réunion, les huiles et essences essentielles, citronnelle comprise, sont peu efficaces (moins de 30 mn) surtout s'il y a du vent. Les bracelets imprégnés et les dispositifs ultra-sonores ainsi que le «software» téléchargeable sont inefficaces. Les produits combinés contenant des protections solaires et/ou plusieurs agents répulsifs sont déconseillées. En cas de nécessité, la protection solaire doit avoir pénétrée la peau et un délai de 20 minutes. est conseillé avant l'application du répulsif.
Prescription chez la femme enceinte et l'enfant
Les recommandations officielles françaises conseillent 5 produits de marque (3 principes actifs): Entre 3 mois et 2 ans: Citriodiol et chez l'enfants de plus de 3 ans et femmes enceintes: Citriodiol, KBR 20 à 30%, IR3535 20 à 35%. Le DEET est déconseillé avant 12 ans et chez la femme enceinte mais est commercialisé sans ces restriction en dehors des pharmacies.
Les recommandations nord-américaines (contre Aedes, entre autres vecteurs, du virus du Nil Occidental) sont, en cas de risque d'infections élevées, moins restrictives pour le DEET et insistent sur le respect de la bonne application technique du produit.

      USA : CDC, EPA, Association des pédiatres Canada :Agence de santé publique, ARLA, association des pédiatres Australie
    DEET Utilisé à 75 voir 100%

    Conseillé (< 30%) dés l'âge de  2 mois

    Pas de restriction chez la femme enceinte

    Déconseillé à plus de 30%

    Conseillé à moins de 10% dés 6 mois (maximum 1 application /j)  et à partir de 2 ans à 2 applications/j

    Conseillée chez la femme enceinte à moins de 20%

    Conseillé à moins de 35%

    Conseillé à partir de 3 mois à ce pourcentage 

    Pas de restriction chez la femme enceinte

    KBR Déconseillé avant 3 ans Déconseillé avant 3 ans  
    CITRIODIOL Déconseillé avant 3 ans Déconseillé avant 3 ans Angleterre (à partir de 3 mois)
    IR3535 Agrée mais non vendu Non agrée Agrée, 2 études chez la femme enceinte
Les effets secondaires et les risques a long terme
Les effets secondaires des répulsifs, comme les brûlures ou les irritations de la peau semblent assez fréquentes. Ces réactions disparaissent généralement en quelques heures à l'arrêt de l'application. L'huile essentielle de citronnelle est le répulsif le plus allergisant et est photosensibilisante. L'ensemble des produits sont toxiques en cas d'ingestion.
Les effets secondaires plus graves (encéphalite, éruption phlycténulaire) ont été décrits avec le DEET, principalement chez l'enfant. Ces cas sont très rares vu le grand nombre d'utilisateurs du DEET et principalement en rapport avec une mauvaise utilisation du répulsif:
Accumulation dans l'organisme suites à des Applications de longue durée - Surdosage (excès de produit appliqué, applications trop rapprochées, utilisation d'un produit trop concentré) - Application autour de la bouche, des yeux, dans les plis du coude, sur les paumes de mains, sur une peau irritée ou blessée et contacts d'un aérosol avec la cornée.
Aucun répulsif n'a été étudié lors d'un usage prolongé. Le produit le mieux évalué est le DEET. Ce produit utilisé à forte concentration(75%) chez des militaires, augmenterait la fréquence des arthro-myo-neuropathies présentes dans le syndrome de la guerre du golf. Des doutes scientifiques existent sur la responsabilité des répulsifs dans certains cancers.
Conclusion
Le DEET semble être le produit le plus efficace. Il devrait être déconseillé chez les malades épileptiques.

Les dernières études effectuées sur le DEET sur les enfants et les femmes enceintes n'ont pas confirmé la suspicion de neurotoxicité ni montré de risque de malformation du foetus. Au Canada et aux Etats-Unis, ces produits sont prescrits aux enfants ou aux femmes enceintes dans les situations où le risque d'infection est important.

A la Réunion, la balance du bénéfice/ risque du DEET pourrait être repesée afin d'élargir son usage chez l'enfant et la femme enceinte en zone à risque d'infection à chikungunya.

La prévention des effets secondaires des répulsifs pourrait être renforcé par une campagne d'information grand public sur la bonne utlisations des produits « antimoustiques ».

Le répulsif parfait n'existe pas. La protection mécanique et l'application de répulsifs sur les vêtement sont importantes.

NB: "La mission d'appui Chikungunya qui a eu lieu en janvier 2006 à La Réunion a demandé dans la conclusion de son rapport que les recommandations sur les répulsifs soit modifiées en s'inspirant de l'expérience canadienne. L'IRD (Institut de Recherche et développement, ex orstom) est chargé de ce travail."

Annexe 1
Renseignements généraux sur l'utilisation d'insectifuges D'après les récommandations de l'agence de santé publique canadienne:http://www.phac-aspc.gc.ca/wn-no/repellents-insectifuge_f.html et la Revue Prescrire
  • Suivre toutes les directives, incluant les restrictions concernant l'utilisation chez les jeunes enfants et le nombre d'utilisations quotidiennes permises. En général une application pour un adulte nécessite 8 pulvérisations et 4 pour les enfant. Lisez l'étiquette du produit au complet avant l'application. Ne pas confondre avec un produit d'imprégnation des tissus.
  • Appliquez le produit en petite quantité et seulement sur les régions exposées ou sur les vêtements. N'utilisez pas le produit sous les vêtements. Les fortes applications ou la saturation ne sont pas nécessaires pour que le produit soit efficace. Ne répétez les applications qu'au besoin.
  • Lavez-vous les mains à l'eau savonneuse après l'application et évitez de toucher votre visage.
  • Évitez le contact avec les yeux. Si le produit entre en contact avec les yeux, rincez immédiatement avec de l'eau.
  • N'utilisez pas d'insectifuges sur les plaies ouvertes ou sur une peau irritée ou brûlée par le soleil. En cas de gratelle ou d'éruption dûes à la chikungunya, les répulsifs peuvent aggraver les symptômes.
  • Évitez de respirer les vapeurs de produits en aérosol . Les sprays ne doivent pas être dirigés vers la face.Utilisez-les uniquement dans des endroits bien aérés. Ne les utilisez pas près des aliments.
  • Lavez la peau traitée au savon et à l'eau en rentrant de l'extérieur ou lorsque vous n'avez plus besoin de protection.
  • Gardez tout contenant d'insectifuges hors de la portée des enfants.
  • Surveillez toujours l'application d'insectifuges sur les enfants.
  • Évitez d'appliquer des insectifuges sur les mains des enfants pour éviter les possibilités de contact avec les yeux ou la bouche.
  • Si vous croyez que vous ou votre enfant réagissez à un insectifuge, arrêtez immédiatement d'utiliser le produit, lavez la peau traitée et consultez un médecin. Lorsque vous vous rendrez chez le médecin, n'oubliez pas d'apporter le contenant du produit.
  • Si vous êtes allergique ou craignez d'être sensible à un produit, appliquez d'abord l'insectifuge sur une petite région de votre bras et attendez 24 heures pour voir s'il se produit une réaction.
  • Eviter les produits qui contiennent plusieurs agents chimiques ou associent une protection solaire.


Annexe 2
Durée d'action du DEET selon la concentration
Les facteurs suivants diminuent la durée d'actions des répulsifs:
Sudation, contact avec l'eau - Frottements ( donc activités physiques) - Température et humidité extérieures - Mauvaise application
Les crèmes solaires augmentent le passage systémique du répulsifs et sont moins efficaces appliquées avec un répulsifs ( règle des 20 mn)

    30% 6H
    24% 5H
    20% 4H
    7% 2H
    4.75% 1H


REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES et synthèses mises en lignes par des organismes de santé publique:

  1. Fontenille. IRD , DGS, INVS. Comment se protéger des piqûres de moustiques vecteurs du Chikungunya. B.E.H. hors série. Infection par le virus du Chikungunya à l'île de la Réunion. Janvier 2006.
  2. INVS. Recommandations sanitaires aux voyageurs. BEH 2005; 24-25 : 118-119
  3. Combemale.P. La prescription des répulsifs, Med.Trop 2001 (61) :99-103.
  4. Koren G, Matsui D, Bailey B. DEET-based insect repellents: safety implications for children and pregnant and lactating women. CMAJ 2003;169:209–212. Erratum in: CMAJ 2003;169:283.
  5. Mcgready R, Hamilton K. Safety of the insect repelent DEET in pregnancy. Am.J.Trop.Med. Hyg 2001; 65 (4): 285-289.
  6. Veltri JC, Osimitz TG, Bradford DC, Page BC. Retrospective analysis of calls to poison control centers resulting from exposure to the insect repellent N,N-diethyl-m-toluamide (DEET) from 1985–1989. J Toxicol Clin Toxicol 1994;32:1–16.
  7. Bell JW, Veltri JC, Page BC. Human exposures to N,N-diethyl-m-toluamide insect repellents reported to the American Association of Poison Control Centers 1993–1997. Int J Toxicol 2002;21:341–352.
  8. Osimitz TG, Murphy JV. Neurological effects associated with use of the insect repellent N,N-diethyl-m-toluamide (DEET). J Toxicol Clin Toxicol 1997;35:443–445.
  9. Barnard D.R,, Rui-De Xue. Laboratory evaluation of mosquito repellents against Aedes albopictus, Culex nigripalpus and Ochlerotatus triseriatus. J.Med.Entomol 2004; 41(4) :726-730.
  10. Fradin MS, Day JF. Comparative efficacy of insect repellents against mosquito bitesN Engl J Med 2002;347:13–18.
  11. 11) Ross EA, Savage KA, Utley LJ, Tebbett IR. Insect repellent interactions: sunscreens enhance DEET (N,N-diethyl-m-toluamide) absorption. Drug Metab Dispos 2004;32:783–785.
  12. Revue Prescrire. Synthèse : Mieux utiliser les répulsifs pour se protéger des piqûres d'arthropodes . 1994 ;141(14) : 347-356.
  13. Agence de Santé Publique Canadienne. Conseils de sécurité concernant l'utilisation d'insectifuges personnels. Service d'information national sur le virus du Nil occidental 2003 http://www.phac-aspc.gc.ca/wn-no/repellents-insectifuge_f.html
  14. Agence de Santé Publique Canadienne. Déclaration relative au mesures de protecion individuelle pour prévenir les piqûres ou morsures d'arthropodes. Comité Consultatif de la Médecine Tropicale et de la Médecine des Voyages. 2005. http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/05vol31/asc-dcc-4/index_f.html
  15. Institut National de Santé Publique de QUEBEC. Efficacité et risques des moyens de protection personnelle contre la transmission du virus du Nil occidental. 2002.http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/092_ProtectionPersonnelleVNO.pdf
  16. Agence de Réglementation de la Lutte Antiparasitaire canadienne ARLA. Fiche de conseils de sécurité concernant l'utilisation d'insectifuges personnels. Utilisation justicieuse des pesticides. 2004. http://www.pmra-arla.gc.ca/francais/consum/insectrepellents-f.html
  17. US Environmental Protection Agency ( EPA). How to use insect repellents safely. 2005. http://www.epa.gov/pesticides/health/mosquitoes/insectrp.htm
  18. American Academy of Pediatrics. West Nile virus information.2005. www.aap.org/family/wnv-jun03.htm
  19. US Center of Diseases Control ( CDC). Pre and post travel general health recommandations. Protection against mosquitoes and other arthropods. Traveler's Health : Yellow Book. 2005-2006 http://www2.ncid.cdc.gov/travel/yb/utils/ybGet.asp?section=recs&obj=bugs.htm&cssNav=browseoyb
  20. Service Médical International SMI. Nouvelles recommandations pratiques pour la prévention du paludisme. 2002. http://www.smi-voyage-sante.com/index.php?action=article&id_article=4356&title=Les+recommandations+officielles+fran%C3%A7aises+2005/
  21. CIMED : Centre d'information Santé des voyageurs et expatriés- Ministère des affaires étrangères. Protection contre les piqûres. Mise à jour?. http://www.cimed.org/page.asp?id=33
  22. WHO- OMS. Vector Control - Methods for Use by Individuals and Communities. 1997. http://www.who.int/docstore/water_sanitation_health/vectcontrol/ch08.htm http://www.who.int/docstore/water_sanitation_health/Documents/vecteurs/007to194.pdf
  23. Self-reported exposure to neurotoxic chemical combinations in the Gulf War. A cross-sectional epidemiologic study. JAMA. 1997 Jan 15;277(3):231-7.
  24. Bellini B, Chuniaud-Louche C.Questions/ réponses :DEET. VIGItox: centre antipoison et de pharmacovigilance.Lyon. 2000. n° 14 http://www.centres-antipoison.net/lyon/vigitox14/index.html
  25. Precrire en question :Vitamine B1 par voie orale :Inefficace en prévention des piqûre de moustiques. Precrire. 2003 .T23, n°41 :588.
  26. SUZON Lionel - Chikungunya: "MOUSTIK PIK PA MOIN". 2006 http://lionel.suz.free.fr/index.php?id=about&sub=blog&entry=1137397492
Page mise à jour le 30/03/2006 à 13:13:48 | Temps de génération de cette page: 0.01387 secondes | Sitemap